JE ME SOUVIENS : DE QUOI ???

Les accommodements (dé)raisonnables sur fond de crise identitaire québécoise : qui sommes-nous ?

 

Par Luc Phaneuf M.A.

francparleur@yahoo.fr

 

Les immigrants se sentent davantage rassurés de s’intégrer à une société forte de son histoire et qui n’a pas peur de défendre les valeurs fondamentales qui l’ont bâtie. Oui, il est impératif d’aider à l’intégration des immigrants et des réfugiés, mais ce n’est pas en oubliant ce que nous sommes que nous y parviendrons (Mgr le cardinal Marc Ouellet, 15 février 2007)

 

Au moment d’écrire ces lignes, les élections viennent à peine d’être annoncées. En fait, elles l’ont été le jour même du mercredi des cendres. Le temporel chevauche le spirituel. Belle coïncidence, non ? Des élections lancées le jour où les quelques chrétiens du Québec entreprennent la longue marche de 40 jours devant les mener au calvaire puis à la résurrection de leur Seigneur, voilà qui n’est pas banal. Pour ma part, j’y vois deux montées vers le calvaire; la campagne politique consommera encore une fois la énième mise à mort de notre identité nationale, sans promesse de résurrection; alors que la seconde mènera à une fin glorieuse, par la remontée des morts du Fils de Dieu venu laver le monde entier dans le sang de sa miséricorde. Des deux calvaires, je préfère le second, et vous ?

 

Mais revenons au premier calvaire, le politique. La tristesse annoncée de cette prochaine campagne électorale, c’est qu’elle se résumera encore une fois principalement aux questions de gérance économique, des dossiers certes importants, mais qui le sont moins que la question identitaire, qui devrait pourtant constituer le coeur de tout projet politique. Les souverainistes me répondront que l’indépendance à la Boisclair et consorts constitue un projet identitaire ; à ceux-ci, je demande : peut-être, mais il est une coquille vide : faire un pays pour qui, pour quoi ? (Cela dit, je n’exprime pas ici mon allégeance politique.)

 

Le problème, selon mon point de vue, c’est qu’à gauche comme à droite, en passant par le centre, pas un seul parti politique actuel n’ose faire, disons plutôt : ASSUMER l’histoire nationale québécoise, qui fut principalement une histoire chrétienne et catholique jusqu’à l’Apostasie tranquille des années 1960. À écouter parler les politiciens, on a l’impression que l’histoire du Québec a commencé en ... 1960 avec les changements de l’époque Lesage et la mise en oeuvre des profondes réformes de la Révolution tranquille – même M. Dumont, le plus à droite, se réclame très timidement de l’héritage des anciens. Notre histoire nationale a-t-elle débuté en 1960 ? Je veux bien rendre à César-Lesage ce qui lui revient, mais je tiens aussi à ce qu’on rende à Dieu-Duplessis-l’Église (donc, les Anciens) ce qui leur revient aussi (attention : je ne mets pas sur le même pied d’égalité les trois). Or, à ce jour, aucun politicien ne réfère à notre histoire globale et aux valeurs communes qui en sont l’héritage. Ils se font ainsi notre porte-voix, car qui au Québec ose encore revendiquer avec fierté l’héritage des Anciens catholiques, hormis le cardinal Ouellet et quelques vieux historiens ? Pourquoi cette honte liée à ce que nous avons été, et à ce que nous sommes encore un peu (de moins en moins chaque jour, peut-être) : un peuple catholique, de culture chrétienne et aux valeurs évangéliques. C’est cela le fond de notre âme, de notre identité. Mais cette identité, on l’a oublié, et quand on la connaît, on la cache comme une verrue, surtout devant les invités que sont les immigrants, qui eux, sont perplexes devant ce déni de notre histoire nationale. Or, quel avenir peut avoir une peuple qui n’a plus de passé ?

 

Un vieil adage dit que nous avons les politiciens que nous méritons; il est infiniment triste de constater que nous méritons si peu. Mais c’est de notre faute ; les politiciens sont notre reflet. Avant de critiquer les messagers, demandons-nous pourquoi leur message est si flou, voire insipide. Nous y reviendrons plus loin.

 

***

Parlons maintenant des immigrants, et des minorités culturelles et religieuses. Ces élections débutent dans la mouvance encore fraîche de la saga des accommodements déraisonnables, qui a occupé beaucoup d’espace médiatique depuis quelque temps. Pour mémoire, établissons un catalogue non exhaustif de l’affaire : d’abord deux cas plus anciens, soit le port du turban pour un officier de la GRC, ainsi que celui du kirpan dans une école, merci à la Cour suprême (décision très mal reçue par une proportion importante de la population). Et les cas plus récents :  vitres givrées du YMCA pour préserver la chasteté du regard des juifs hassidiques, policière du SPVM ne devant pas adresser la parole aux hommes de cette même communauté, homme qui a dû sortir d’une piscine parce que des femmes musulmanes voulaient s’y baigner, expulsion d’un ambulancier d’une cafétéria d’un Hôpital juif parce qu’il mange des pâtes non casher, examinateurs masculins de la SAAQ requis pour l’examen d’un juif hassidique, jours de congé supplémentaires (outre les jours fériés hérités du calendrier liturgique chrétien) pour fidèles d’autres religions (les tribunaux auraient statué en faveur des requérants), choix du sexe du médecin en particulier pour traiter des femmes, cours prénataux unisexes, etc. La coupe est-elle pleine ? Non. D’autres lapins plus ou moins hallucinés sortiront du chapeau des présumés accommodements raisonnables.

 

Ce sont les médias qui, flairant le sang, ont sauté tels des carnassiers sur le dossier, les alimentant jour après jour. Ne disent-ils pas qu’ils sont les chiens de garde de la société ? Ces pitbull ont ainsi nourri un ressac populaire alimenté souvent aux préjugés les plus grossiers. C’était écrit dans le ciel que tôt ou tard, une réaction comme celle des citoyens de Hérouxville allait poindre; quand on craint l’arrivée d’un présumé agresseur, n’est-il pas normal d’élever les murailles de son fortin ? Le code de conduite d’Hérouxville, témoin de la perception d’un certain Québec rural (très loin de la réalité métissée et mosaïque des grandes villes) face au monde musulman est le fruit de l’ignorance et de la peur, qui sont, on le sait, les racines principales des préjugés, de l’ignorance et du racisme. Première lecture psycho-sociale : le monde ancien, rural, monolithique, catholique et conservateur, se dresse contre le monde nouveau, urbain, pluraliste, aux mille dieux (ou athée) et gauchiste. Les bons contre les méchants. Pas très très fin comme analyse sociologico-religieuse, on en convient.

 

Devant une telle manifestation de racisme, ou d’ethnocentrisme primaires, les urbains, surtout les présumés-intellos-branchés-gogauche, allaient s’unir pour houspiller les « normes de vie » des conseillers de Hérouxville, sous forme de condamnation sans procès, notamment dans le cadre de l’émission Tout le monde en parle  (qui ne se nomme pas Tout le monde réfléchit, fast-food intellectuel oblige). Ce soir-là, nous avons eu droit à un dîner de con, du film du même nom, dans lequel le conseiller Drouin d’Hérouxville jouait le rôle du demeuré, dans lequel il a malheureusement excellé, appelant l’état d’urgence et interpellant directement le premier ministre Charest.

 

Ceci expliquant peut-être cela, mais surtout pour se débarrasser d’un dossier hautement explosif à l’aulne d’une campagne électorale, le premier ministre sortant Charest a décidé de sonner la fin de la confusion en annonçant la formation d’une commission d’étude sur le phénomène des accommodements raisonnables, laquelle sera présidée par deux intellectuels de très grand calibre (le philosophe Charles Taylor et le politologue Gérard Bouchard, frère de vous savez qui). Ces deux mandatés auront besoin de tous leurs moyens, vu la difficulté de leur mission. Car il s’agit  d’un débat de société extrêmement complexe. Comme le relevait Gil Courtemanche dans Le Devoir du 3-4 février dernier (A 6), « tout s’y mêle et s’y recoupe : identité nationale, droits de la personne, accommodements, privilèges, droits reconnus par les tribunaux, foi et croyance, laïcité et patrimoine culturel. (...) l’espace public et l’espace privé ». Les deux commissaires devront formuler des recommandations visant à favoriser la cohabitation la plus pacifique possible entre différentes communautés, plus particulièrement la recherche de l’équilibre entre les droits de la majorité et ceux des minorités culturelles et religieuses, en somme : un encadrement équitable de la diversité et des droits. Espérons que leur travail nous aidera tous à voir plus clair dans cet enjeu d’une extrême complexité historique, politique, juridique et sociale. Espérons aussi qu’ils sauront rappeler à la majorité trop silencieuse qu’elle a une histoire et que celle-ci lui confère des droits collectifs. Mais ce message, ladite majorité veut-elle l’entendre ?

 

À preuve, la déclaration ahurissante de M. André Boisclair, actuel chef du parti Québécois et aspirant premier ministre du Québec, qui affirmait récemment en substance que la croix ornant l’Assemblée nationale n’y avait plus sa place car elle risquait de froisser les minorités religieuses du Québec, en particulier les juifs et les musulmans. Faut se pincer pour être certain de ne pas rêver. Un canadien-français de souche qui demande que l’on retire de l’Assemblée nationale la croix symbolisant plus de 350 ans de NOTRE histoire ? Pourquoi ne pas retirer celles qui composent notre drapeau national, un coup parti ? Et rebaptiser tous les lieux publics, toutes les stations de métro et que sais-je, qui font référence à notre passé catholique de canadiens-français unis autour de la foi, de la langue et (du meilleur) des coutumes françaises ? Commençons par les stations de métro Henri-Bourassa (et le boulevard) et Lionel-Groulx, M. Boisclair ! Un aspirant premier ministre qui demande aux québécois de renier le coeur de leur passé, voilà de quoi nous inspirer confiance M. Boisclair ! Votons pour vous et effaçons du coup 350 ans d’histoire, sous prétexte de faire du Québec une nation moderne et libre ?

 

Heureusement pour les chrétiens québécois, tous les députés ne souffrent pas de l’amnésie identitaire de M. Boisclair et de sa troupe de farouches anti-cléricaux (tel un M. Duceppe, un ancien marxiste radical athée). Devinez qui est venu à  la  rescousse du symbole de notre identité nationale ? Des péquistes à la défense des valeurs canadiennes-françaises ? Non !  Plutôt trois députés libéraux, dont deux sont d’origine étrangère !!! : La seule député mulsulmane de l’Assemblée nationale, Fatima Houda-Pepin et un député d’origine syrienne, Sam Hamad, ainsi que le ministre Philippe Couillard. Ce sont ces immigrants (ou fils-filles d’immigrants) qui nous ont rappelé une évidence oubliée : JAMAIS les minorités culturelles ont demandé aux Québécois, hier comme aujourd’hui, de renier leur propre histoire et leurs traditions sous prétexte de mieux les accueillir. Alors, faire ainsi est d’une stupidité sans nom ! Un auto-génocide culturel, en quelque sorte. Quel peuple est assez malade pour désirer faire disparaître sa propre histoire, ses us et coutumes ? Et Monsieur ose nous parler de la fierté que lui procure sa différence d’orientation sexuelle ? Non mais, je rêve ? Pas fier de son histoire, mais fier de son homosexualité ? Pas de doute, voilà un homme qui a le sens des valeurs... (incidemment un de mes anciens confrères de classe, du collège Jean-de-Brébeuf, un ancien collège authentiquement catholique qui n’a presque plus rien de catholique aujourd’hui, à preuve Boisclair et l’immense majorité des jeunes de ma promotion qui se foutent comme de leur première chemise du catholicisme et de la préservation de son héritage au sein de la société moderne, mais il s’agit là d’un autre débat – et article, sur la crise de l’éducation chrétienne au Québec.)

 

Selon Boisclair et consorts, le Québec serait rendu « ailleurs » (comprendre : sorti de la chape du catholicisme et de ses valeurs réactionnaires et dépassées), c’est-à-dire dans une mentalité post-chrétienne et post-morale, dont il faudrait être fiers : un Québec distinct en matière d’avortements, de divorces, d’amoralité et d’immoralité, d’échangisme et de suicides. Que voilà un beau projet MORAL de société ! Ah ! j’oubliais, la morale est morte... nous sommes libres maintenant de faire ce que nous désirons... Moi je dis : honte à toi confrère Boisclair, à toi comme à tant d’autres, qui méprisez ouvertement ceux et celles qui ont donné leur vie pour faire de la Nouvelle-France une terre de saints, une race de saints bâtisseurs de la civilisation de l’amour, fondée sur les valeurs civilisatrices de l’Église de Dieu. Avec des hommes de votre trempe, le Québec s’en va directement dans les poubelles morales de l’histoire. La politique est une mission trop importante être confiée à des négateurs des principes les plus élémentaires du Bien commun, de la doctrine sociale de l’Église; quel avenir pour une société qui ne sait plus distinguer le bien du mal, la mort de la vie, un vice d’une vertu, qui confond tout, qui inverse tout, une société qui refuse de reconnaître sa dette morale à l’égard des Anciens chrétiens, qui ont constitué, que sais-je ?, 90 % des personnes ayant foulé la terre du Québec depuis ses origines, une société qui refuse de transmettre à sa jeunesse LE MEILLEUR DE CE QU’ELLE A REÇU : sa foi au Dieu trinitaire de l’Évangile du Christ ? Je regrette de le dire, mais cette société n’a aucun avenir qui vaille. À de tels hommes et femmes qui faussent l’histoire, je dis : JAMAIS vous n’aurez mon vote, dont j’aurai à répondre devant Dieu. Votre Québec n’est pas le mien; le mien, c’est l’Église catholique. Ah oui, j’allais oublier, une dernière question : si vous réussissez votre séparation, pourrai-je me séparer de vous ?

 

Concluons cette trop brève réflexion – il faudrait un livre ! - en citant le toujours très inspiré cardinal archevêque de Québec, Mgr Marc Ouellet qui, à l'occasion d'un déjeuner de presse, se prononçait notamment sur le dossier des accommodements raisonnables et sur la question identitaire de fond qu’il soulève (15 février 2007 ; propos tirés de quebechebdo.com) :  Le cardinal se désole de constater que nous oublions souvent d’«accommoder» la majorité au nom de l’aide à l’intégration des minorités. Mgr Ouellet, par sa Fondation qui vient en aide aux immigrants et aux réfugiés, est bien au fait des problèmes d’intégration et d’isolement auxquels font face plusieurs d’entre eux.Par contre, selon son expérience et les témoignages qu’il reçoit, il estime que « ces gens se sentent davantage rassurés de s’intégrer à une société forte de son histoire et qui n’a pas peur de défendre les valeurs fondamentales qui l’ont bâtie. Oui, il est impératif d’aider à l’intégration des immigrants et des réfugiés, mais ce n’est pas en oubliant ce que nous sommes que nous y parviendrons».

 

Voilà des propos à méditer pendant la campagne électorale, que je vous souhaite la moins déprimante possible. Il est temps, URGENT, que les chrétiens du Québec fassent entendre leurs voix et valoir leurs droits identitaires et politiques. L’amnésie et l’aplatventrisme identitaire et politique est un cul de sac, et conduira notre nation canadienne-française et/ou québécoise à la disparition, si nous ne faisons rien. « Être de culture chrétienne ou disparaître », voilà le choix qui s’offre aux Québécois, et qui décidera de leur avenir comme nation en terre d’Amérique.

 

Article paru dans Le Nic (Nouvel Informateur Catholique) du 18 mars 2007

 
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