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Au Québec, une grossesse sur trois se termine par un avortement
Journal La Presse, 12 février 2005, Laura-Julie Perreault, journaliste
Près d'une grossesse sur trois se termine par un avortement au Québec. Il y a 10 ans, une sur cinq subissait le même sort. Cette statistique classe la province, en pleine crise de natalité, loin devant toutes les autres provinces canadiennes et la met sur un pied d'égalité avec le Vietnam et une poignée d'anciennes républiques soviétiques.
Un rapport de Statistiques Canada , rendu public hier, dévoile qu'en 2002, pour 100 naissances qui ont eu lieu au Québec, 43.7 grossesses ont été interrompues volontairement , un saut significatif par rapport à la décennie précédente. En 1992, seulement 27.2 grossesses subissaient le même sort pour 100 naissances.
A titre de comparaison, le rapport de Statistiques Canada note que pour l'ensemble du pays, en 2002, 32.1 femmes enceintes ont choisi de mettre fin à leur grossesse pendant que 100 femmes ont décidé de donner naissance à leur enfant. Ces taux dénotent une légère baisse du recours à l'avortement provoqué en 2002 par rapport à l'année précédente.
A l'échelle internationale, le rapport avortement/naissance du Québec classe la province dans le même club que le Vietnam, la Hongrie, le Kazakstan, la Lituanie et la Moldavie, plutôt que dans le groupe des pays industrialisés comme la France, les Pays-bas et les États-Unis, selon les dernières statistiques mondiales compilées par l'institut américain Alan Guttmacher.
En ce qui concerne le taux d'avortement, le Québec est aussi bon premier parmi les provinces canadiennes. Au Québec, il y a eu 19.6 avortements pour 1000 femmes en 2002. Cette statistique est sensiblement la même depuis 1998. Le taux d'avortement pancanadien était de 15.4 pour mille femmes, soit le taux d'avortement au Québec de 1993. Depuis cette date, le nombre d'avortement dans La Belle Province n'a cessé de croître.
L'augmentation continue du nombre annuel d'avortements reste cependant sans explication. Ni la direction de la santé publique de Montréal, ni l'institut national de santé publique du Québec, ni le ministère de la Santé et des Services sociaux n'ont étudiés le phénomène.
"Les raisons pour lesquelles les femmes choisissent de subir un avortement sont multifactorielles, se limite à dire Dominique Breton, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux. Pour nous, l'avortement est un service légal offert aux femmes depuis les années 80". La porte parole note que le Québec investit bon an, mal an dans la prévention notamment en faisant la promotion de la contraception.
Interrogée par La Presse hier, l'infirmière Carole Vallée, qui travaille à la clinique d'avortement du CLSC de Marigot de Laval depuis 1984, croit qu'il n'y a pas matière à inquiétude.
"Ce que disent les statistiques, c'est que les services d'avortements sont plus accessibles au Québec qu'ailleurs au Canada", note-t-elle. Selon elle, depuis les années 90, le recours à l'avortement s'est installé dans les moeurs, mais n'a jamais été considéré comme un moyen de contraception.
Ceux qui s'opposent au libre choix à l'avortement voient les choses d'un autre oeil. "Le gouvernement ne veut pas voir l'effet qu'a sur la natalité la banalisation de l'avortement",exposait hier Luc Gagnon, du mouvement Québec Pro-Vie.
Nombre d’avortement pour 100 naissances
Fédération de Russie : 62.6
Vietnam : 43.7
Québec : 42.6
Kazakhstan : 41.3
Canada : 32.1
Etats-Unis : 25.9
France : 17.7
Pays-Bas : 10.6

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Le problème de l’avortement
La Presse, 2005-02-15
Par André Pratte
« Au Québec, une grossesse sur trois se termine par un avortement » : ce titre, coiffant un texte publié dans La Presse de samedi, en a fait sursauter plus d’un. Pourtant, la situation, confirmée par les données de Statistiques Canada rapportées dans l’article de notre collègue Laura-Julie Perreault, n’est pas nouvelle.
Malheureusement, bien peu de Québécois sont conscients de la gravité du problème. Et pour cause : c’est un sujet que les autorités médicales québécoises évitent le plus possible. « Ni la direction de la santé publique de Montréal, ni l’institut national de la santé publique, ni le ministère de la santé et des services sociaux n’ont étudiés le phénomène », fait savoir notre journaliste. A la direction de la santé publique de Montréal, un porte-parole nous indique que l’organisation ne comptait pas de spécialiste de la question, soulignant que, contrairement aux MTS, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) « n’est pas un problème de santé publique ».
Nous ne sommes pas d’accord. Quand 31 000 des 106 grossesses survenues dans une année se terminent par un avortement provoqué, c’est un problème de santé publique. Il y a 20 ans, comme aujourd’hui, un peu plus de 100 000 Québécoises tombaient enceintes; seulement 15 000 de ces grossesses se terminaient par un avortement. Que s’est-il passé ? Les moyens de contraception sont pourtant plus accessibles que jamais (notamment « la pilule du lendemain », qui pour un coût minime réduit considérablement les risques d’une grossesse non désirée).
Personne n’est capable d’expliquer la croissance du nombre d’avortements parce que le phénomène n’a pas fait l’objet d’une recherche rigoureuse. Chacun y va de sa théorie. Dans les cliniques spécialisées, on parle de la sexualité précoce et des déficiences de l’éducation à la contraception. Mais ce n’est pas chez les adolescentes que le taux d’avortement a le plus augmenté. L’âge moyen à l’avortement est aujourd’hui de 26 ans : dans le cas de femmes dans la vingtaine, on ne peut certainement pas mettre en cause la méconnaissance de la contraception. Par ailleurs, selon des données du ministère de la santé, 40 % des femmes qui ont subi un avortement en 1998 n’en étaient pas à leur première interruption volontaire de grossesse.
Une meilleure compréhension du phénomène s’impose, de façon à ce que des mesures appropriées puissent être prises. Il ne s’agit évidemment pas de remettre en question la liberté de choix des femmes. Ce qu’il faut viser, c’est que les couples aient le plus possible recours à des moyens de contraceptions moins lourds pour le système de santé (2,5 millions de dollars par an) et moins douloureux psychologiquement pour la femme.
Une telle démarche sera évidemment impossible tant que l’existence d’un problème de santé publique ne sera pas reconnu. On sait pourquoi ce n’est pas le cas : les autorités craignent de relancer le débat sur la moralité de l’IVG. Cette crainte est légitime, le sujet, étant cher à un certain nombre d’extrémistes. Néanmoins, il faut se sortir la tête du sable.
La situation actuelle suscite des questions troublantes auxquelles la société québécoise ne doit pas craindre de faire face. Est-il vrai, comme le soutiennent certains, que l’avortement est maintenant vu comme une forme de contraception comme les autres ? Si c’est le cas, faut-il s’en préoccuper ou, au contraire, considérer l’avortement comme un acte médical banal ?
Ce n’est pas en le taisant qu’on réglera le problème, autant du point de vue de la société que de celui des premières concernées. Le ministère de la Santé doit entreprendre dès que possible une étude approfondie de l’avortement au Québec.
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Le géniteur est-il un père ?
La Presse, 19 mars 2006, Nathalie Collard
Si les femmes ont le droit de choisir le moment où elles peuvent devenir mères grâce au droit à l'avortement, les hommes devraient-ils, eux aussi, avoir le droit de refuser d'être pères s'ils ne se sentent pas prêts ? Ont-ils, eux aussi, le pouvoir de choisir le moment où ils fonderont une famille ?
C'est le débat qui fait rage, ces jours-ci, aux États-Unis depuis qu'un organisme de défense des droits des hommes, The National Center for Men, a déposé une plainte devant un tribunal de Détroit, au Michigan, afin de faire reconnaître d'un homme à ne pas assumer la responsabilité financière d'un enfant qu'il n'a pas désiré.
Intitulé Roe vs Wade for Men, un clin d'oeil à l'arrêt historique de la Cour suprême des États-Unis rendu en 1973, qui disait que les lois contre l'avortement violaient le droit du respect à la vie privée, cette cause fait couler beaucoup d'encre. Elle éclipse même, dans les médias, le débat entourant la nouvelle loi de l'État du Dakota du Sud qui criminalise l'avortement et interdit la contraception d'urgence.
A l'origine de la plainte, il y a l'histoire d'un jeune informaticien de 25 ans qui, après avoir dit à sa compagne qu'il ne voulait absolument pas d'enfant (et après s'être fait dire par cette dernière qu'elle ne pouvait pas en avoir pour des raisons médicales) se retrouve père d'une petite fille qu'il n'a pas désirée. L'ex petite amie demande au père de l'aider financièrement, le jeune homme refuse mais se voit obligé par les tribunaux à verser une pension mensuelle.
Depuis le début de cette affaire, les opposants à la cause du jeune informaticien disent tous la même chose: lorsqu'un homme a des relations sexuelles, il doit en assurer les conséquences. Riposte de la défense: c'est précisément l'argument qu'on a servi aux femmes à qui on voulait interdire le droit à l'avortement. Or, disent-ils, nous sommes d'accord avec le raisonnement du mouvement pro-choix: une femme a le droit d'interrompre sa grossesse si elle estime ne pas être en mesure d'assumer sa maternité. Pourquoi un homme n'aurait-il pas les mêmes droits ?
Cette question peut être réglée en trois coups de cuillère à pot. En effet, il y a peu de chances que la cause du National Centre for Men soit entendue par les tribunaux. Aux États-Unis, le droit des enfants prime tous les autres et les parents biologiques ont la responsabilité d'assurer leur bien-être.
En outre, si les hommes souhaitent décider du moment où ils deviendront pères, ils doivent accepter de partager les responsabilités de la contraception avec les femmes. En attendant la pilule pour homme, les condoms et la vasectomie temporaire sont les deux seules méthodes sûres qui s'offrent à ceux qui ne veulent absolument pas avoir d'enfant.
Cela dit, ce n'est pas une raison pour passer à côté des questions, disons, plus philosophiques soulevées par ce débat, à commencer par le lien de confiance entre les hommes et les femmes, le rôle du père et, ultimement, les droits reproductifs des hommes en général. A une époque où les hommes participent davantage dans la vie familiale et revendiquent le droit de jouer leur rôle de père à leur manière, ce sont des questions qui risquent de surgir plus d'une fois au cours des prochaines années. Ne les passons pas sous silence. | |
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