Tolérance versus vérité
Michel Lizotte, journaliste et fondateur du mouvement Équité-Famille et auteur d’un mémoire de maîtrise, en préparation sur le mariage homosexuel (Source: Le Devoir.com : 15 décembre 2004)
La lettre ouverte Trop, c’est Trop ! publiée dans La Presse de dimanche en page A-11 et signée par dix-neuf prêtres nous donne un bel exemple de la confusion qui règne dans une partie du clergé québécois autour de la question de l’homosexualité et du mariage gai.
C’est une confusion qui est en partie entretenue par le lobby gai qui s’applique à laisser croire au caractère inné de l’homosexualité (on naît ainsi; on ne le devient pas) dans l’objectif évident d’en banaliser et normaliser la culture; et, deuxièmement, entretenue par plusieurs médias de masse, plusieurs auteurs de téléromans, cinéastes et créateurs de pubs qui paraissent davantage intéressés à suivre le courant de la rectitude politique qu’à rendre compte des vérités historiques entourant ces phénomènes. Rappelons-les brièvement :D’abord, Freud, Jung et Adler, les trois grands pionniers de la psychologie, ont unanimement décrit l’homosexualité comme un désordre lorsqu’ils ont eu à l’évaluer à travers leur pratique clinique. De plus, dès 1911, la communauté scientifique a commencé à recueillir des évidences à l’effet que l’homosexualité était une tendance réversible lorsque Freud s’aperçut qu’en traitant avec succès la paranoïa d’un patient ayant des tendances homosexuelles, celles-ci étaient simultanément disparues.
Depuis Freud, plusieurs recherches – Stekel (1930), Rubenstein (1956), Bieber (1962), Ovesey (1969), Birk (1974), Pattison and Pattison (1980) Van Den Aardweg (1986) et autres - ont été dirigées vers la compréhension de l’origine de l’homosexualité afin d’aider les psychologues à développer des thérapies correctives qui se sont montrées de plus en plus ajustées et efficaces. Les recherches les plus récentes (Bene 1965, Biller 1974, Moberly 1983, van der Aardweg 1986) continuent de soutenir que l’homosexualité est plutôt «acquise», construite en cours de vie, et plus souvent qu’autrement à cause de l’échec de l'adhésion de l’identité sexuelle du jeune fils vers celle de son père, suite à une relation dysfonctionnelle entre les deux. Lorsque l’Église se prononce sur l’homosexualité, elle semble donc correctement écouter ce que lui dit la science, contrairement à ce que soutient la lettre des dix-neuf prêtres réactionnaires.
La personne homosexuelle n’est certainement pas plus malade que le décrocheur scolaire, le mari infidèle, le vendeur malhonnête et l’employé paresseux; mais tout comme ces derniers, s’il n’arrive pas à s’épanouir intérieurement, ce n’est pas à cause de la société, mais parce que sa tendance est objectivement déviante, ne s’accordant pas avec les prérogatives dictées par la nécessaire recherche de l’excellence et du bien commun. Et il est facile de comprendre pourquoi : son identité sexuelle boite, cristallisée qu’elle est dans l’inachèvement, n’ayant pas été correctement nourrie, «patriée» (attirée, guidée et confirmée) par un père de famille froid, absent, méprisant ou violent, ou encore ayant été absorbée par une mère surprotectrice. La personne homosexuelle devenue adulte cherche donc l’aval de son père à l’extérieur de sa famille. N’ayant pas su mettre la main sur le premier prix lorsqu’elle était toute jeune, elle cherche désormais « le prix de consolation » à travers les hommes qui sont prêts à l’aimer, ayant érotisé ces derniers faute d’avoir été aimé convenablement pas son véritable père…
Dans leur lettre, les prêtres-auteurs exigent premièrement que l’Église canadienne accueille les mariages gais autrement qu’en «prophète de malheur». Cette première requête trahit une certaine myopie, ne relevant pas que la personne homosexuelle fait fi du réel et s’égare en valorisant un partenaire de vie qui, au lieu d’être son parfait complément objectif (sur les plans sexuel, psychologique, physique et symbolique) ne l’est que dans la subjectivité de son ressenti. En effet, on peut bien ressentir que l’on est un oiseau, cela ne freine pas notre chute lorsque l’on saute par la fenêtre…
Ce qui donne des enfants à la société, lui garantissant un avenir, la faisant croître dans l’ouverture à l’autre et la solidarité, et leur donnant à voir le plus belle exemple d’une conjugalité gagnante, ce n’est pas l’ouverture à la complémentarité subjective des individus, mais bien l’ouverture à la complémentarité réelle, objective et féconde. Tous ceux qui ont fait des travaux d’équipe au CEGEP savent bien que l’équipe la plus performante n’est pas celle réunissant des coéquipiers similaires, mais celle qui marie des capacités individuelles complémentaires. Si l’un des plus grands défis que l’homme doit vaincre pour bien s’intégrer dans ce monde est de s’adapter aux nécessités du réel, la personne homosexuelle, en donnant à son ressenti une suprématie sur le réel et refusant de donner au réel l’importance qui lui revient, fait office de mésadaptée. Dans le domaine de l’identité de genre, elle échoue lamentablement le test de la maîtrise du réel !
Dans un deuxième élan, les dix-neuf signataires réclament plus de compassion de la part de l’Église à l’endroit des personnes homosexuelles. Mais c’est pourtant bien ce que l’Église propose en enseignant en l’article 2358 de son nouveau catéchisme : ...Ils [les homosexuels] doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste...
En réalité, l’accueil et la tolérance ne sont pas ce que les groupes de promotion de l’homosexualité et la rectitude politique exigent. À leur avis, « être compatissant » envers les personnes homosexuelles devrait équivaloir à considérer l’homosexualité comme normale, «naturelle» et à la promouvoir ouvertement. Or, il n’est pas plus acceptable de promouvoir l’homosexualité que l’infidélité conjugale, la paresse, la malhonnêteté et le décrochage scolaire. Tout au plus, on se doit d’accueillir, d’assister les personnes qui vivent ces réalités, de les comprendre et de les tolérer. Donner un statut juridique à ces phénomènes équivaut à jeter du sable dans l’engrenage de la société qui avance vers l’épanouissement de ses membres et le bien-être commun.
L’Église devrait finalement, toujours selon ces dix-neuf cosignataires, permettre aux personnes ayant des tendances homosexuelles - ayant donc de la difficulté à se situer personnellement et socialement dans leur identité masculine - d’être ordonnées prêtres, ce qui les placerait dans la position d’influencer des croyants susceptibles d’être accablés de difficultés personnelles, démunis, et ce à travers leur prédication ou leur accompagnement spirituel. Cette proposition est si incohérente qu’on a peine à croire qu’elle a été formulée sérieusement. Reprendre les paroles du psychanalyste français Tony Anatrella, grand spécialiste de la question de l’homosexualité, devrait nous en convaincre : les personnes homosexuelles «ne sont pas dans l’état adéquat pour se marier, pour adopter des enfants et pour accéder au sacerdoce» . Les prêtres homosexuels ont tendance à détourner leur fonction « à des fins narcissiques ». Ils sont «dans la séduction» et ont «de la difficulté pour se situer institutionnellement dans la coopération avec les autres» . «Quelques-uns adoptent des conduites affectives douteuses, formulent des critiques mettant en cause des réalités essentielles de la vie sacerdotale et contestent les vérités enseignées par l’Église».
Les signataires de cette lettre écrivent encore : «La responsabilité de la recherche et de la définition de la loi naturelle incombe à tout le monde puisqu’il s’agit de la condition commune de l’humanité». Cette responsabilité m’apparaît davantage incomber aux scientifiques et aux philosophes qui scrutent le réel plutôt que leurs émotions…
Avis de la Cour suprême sur le mariage homosexuel - Le droit ne crée plus de la justice mais de la légalité
Michel Lizotte
Journaliste, fondateur du mouvement Équité-Famille et auteur d'un mémoire de maîtrise, en préparation, sur le mariage homosexuel
Édition du mercredi 15 décembre 2004
La Cour suprême du Canada a donné son avis en réponse aux questions que le gouvernement fédéral lui avait soumises sur une éventuelle réforme de l'institution du mariage. Après un peu plus de deux mois de réflexion, la plus haute instance juridique du pays s'est dite d'opinion que la définition actuelle du mariage -- l'union d'un homme et d'une femme à l'exclusion de toute autre -- ne respectait pas la Charte canadienne des droits et libertés, créant une discrimination à l'endroit des couples homosexuels qui ne peuvent y accéder.
«[...] Interprété de façon libérale, le mot "mariage" [...] n'exclut pas le mariage entre personnes de même sexe», a-t-elle affirmé, confirmant une fois de plus l'influence grandissante, dans les hautes sphères de la magistrature et de la politique canadiennes, d'une idéologie fleurissante et pour le moins contestable : celle du libéralisme social
Cette idéologie, qui a la triste tendance de diviser les Canadiens là où on relève son empreinte, nie l'existence d'un bien objectif et naturel vers lequel toute la société doit tendre pour son épanouissement, au profit d'un autre qui soutient que le bien de la société dépend de ce que chaque individu se gouverne selon ce qu'il croit être son propre bien.
Le bien de la société cesse ainsi d'être un horizon commun vers lequel tout individu regarde afin de se substituer à une multitude de directions, de recettes individuelles. Le bien devient donc subjectif !
Les conséquences
La finalité de la justice étant de rendre à chacun son dû, il n'y a plus de justice praticable dans une telle idéologie puisque le «dû» de la personne, cessant d'être objectif, c'est-à-dire ne se référant plus aux caractéristiques universelles de l'homme, se met soudainement à dépendre de l'idée que chacun s'en fait. L'édifice de la justice s'en trouve déstabilisé. Il se met ainsi à perdre son intégrité et à se morceler...
C'est ainsi qu'un nombre croissant de lois, de politiques et de jugements fédéraux et provinciaux, «interprétés de façon libérale», se sont distancés de ce que la nature humaine nous enseigne être le bien objectif de l'homme (en accord avec la science et l'expérience rigoureuse) pour s'orienter plutôt sur des positions consensuelles, exprimées par la volonté populaire sur la base de la démocratie.
Dans un contexte semblable, si la majorité approuve la consommation de la marijuana, cette consommation se met automatiquement à participer au bien de la société; et si la volonté populaire exprime plutôt son opposition, la consommation de marijuana est proscrite, et ce, même en dépit du fait que la science est restée incapable, à ce jour, de prouver par des études rigoureuses le caractère inoffensif de cette substance. En clair, sous l'influence du libéralisme social, nos lois ne visent plus à créer de la justice mais de la légalité. [...]
Le consentement commun
Dans une société de droit qui propose la légalité plus que la justice, ce n'est donc plus le bien commun mais le consentement commun qui est recherché et promu. C'est ainsi que les actes ou comportements qui seront proscrits ne seront plus ceux qui sont objectivement désordonnés mais plutôt ceux qui auront été posés sans le consentement d'une ou des autres personnes impliquées.
Or nous savons tous qu'afin de donner un consentement éclairé, les parties courtisées doivent d'abord être correctement avisées. Dans un tel système, le but du jeu devient clairement d'obtenir leur consentement en ne leur dévoilant que le minimum nécessaire pour l'obtenir. [...]
L'idée que le bien est une donnée subjective, qu'il correspond à l'idée que chacun s'en fait, nous renvoie directement au relativisme, cette philosophie qui nie que la vérité soit la concordance entre le réel et l'idée qu'on s'en fait pour la placer plutôt dans la subjectivité de ce qu'on en pense. On nie ainsi à l'homme sa capacité propre de découvrir dans le réel, par le moyen de son intelligence, sa nature et celle des êtres qui l'entourent pour ensuite établir une hiérarchie de biens qui lui sont plus ou moins appropriés.
Le relativisme implique que c'est dorénavant les sens plutôt que l'intelligence qui dictent à l'individu où se cache son bien. Ainsi, s'il se trouve que ce dernier soit une personne sado-masochiste, la douleur peut soudainement se mettre à lui apparaître comme un bien. Ne reste plus qu'à lui trouver un partenaire consentant...
Des distinctions
Cette idéologie a un impact majeur sur les droits de l'homme. En effet, il faut toujours avoir en tête que les droits de l'homme sont liés à la dignité humaine et que cette dignité découle de la capacité propre aux êtres humains de connaître la nature des êtres au moyen de leur intelligence. C'est ainsi que l'homme peut prendre conscience de sa condition selon un ordre de connaissance qui dépasse l'ordre sensible [...], lui permettant ensuite de se gouverner plus librement et de participer ainsi à l'amélioration de sa vie et de celle de l'humanité.
Or, nier la capacité humaine d'accéder aux vérités objectives inscrites dans le réel -- vérités qui donnent un sens à cet univers --, c'est donc nier à l'humanité la possibilité de trouver le sens réel de la vie. En occultant la capacité humaine d'atteindre cette connaissance, on empêche l'humanité d'établir avec clarté quels sont ses véritables droits. On rend ainsi la société aveugle. On en vient conséquemment à distribuer des droits à des individus qui n'ont pas le statut approprié pour les recevoir.
Il y a une distinction naturelle entre le ventre d'une femme enceinte et celui d'une femme obèse. La première n'est pas habituée à porter un tel poids, ce qui n'est pas le cas de la seconde. Et cette distinction ne peut être faite par aucune bête; seul un être intelligent peut la faire. Or, dans une société qui se borne à établir ses lois à partir de l'ordre sensible et non pas de l'ordre logique, on en vient à enseigner qu'en offrant notre siège d'autobus à une femme enceinte et non pas à une autre qui est obèse, on discrimine cette dernière ! [...]
Presbytie juridique
Le libéralisme social crée ce type de confusion dans les droits; il induit une presbytie juridique. Ainsi, on n'arrive plus à voir clairement que lorsqu'un droit touche la personne en tant que personne, ce droit s'applique de manière égale à toutes, mais que lorsqu'il touche une personne en tant que détentrice d'un statut particulier, ce droit ne s'applique qu'aux personnes correspondantes à ce statut. On perd de vue aussi la nuance entre bien commun et droits individuels.
Par exemple, le droit d'être gardien de but n'est pas un droit individuel mais un droit statutaire : il n'existe que lorsqu'on pratique un sport qui fait exister ce poste; il n'existe que selon notre rapport avec ce sport. C'est ainsi qu'un cycliste ne peut revendiquer d'être le gardien de but de son sport...
De manière analogue, le droit de se marier n'est pas un droit individuel mais bien un droit statutaire. Il n'existe que dans une pratique relationnelle donnée : celle où un homme forme équipe avec une femme (seul être humain dont les gamètes peuvent «se marier» aux siennes) pour vivre avec elle une communauté de vie dont l'objectif est de puiser dans la différence et la complémentarité de l'autre les matériaux nécessaires pour devenir un être plus humain.
Ce n'est que dans ces conditions que le mariage peut proprement être considéré comme une institution sociale puisque ce n'est que dans ces conditions qu'il contribue à l'épanouissement de toute la société en mettant sous ses yeux un modèle d'alliance exemplaire qui l'invite à la tolérance, au respect profond envers ce qui est pleinement différent de soi ainsi qu'à la fécondité.
En effet, peu importe qu'un couple hétérosexuel ait ou non des enfants, il demeure incontestablement un signe de fécondité dans son milieu puisqu'il invite la communauté à cesser de considérer la différence chez l'autre comme quelque chose de contrariant pour plutôt voir celle-ci comme un trésor, une véritable source d'enrichissement personnel. Surtout, cette alliance entre un homme et une femme est féconde dans la mesure où elle porte dans sa configuration une capacité qui lui est exclusive : celle de donner à cette communauté de nouveaux membres !
À ce chapitre, on se doit de rappeler les faits objectifs : les couples de personnes homosexuelles qui revendiquent que la société s'ouvre à leur différence témoignent de par la structure même de leur union qu'ils ne sont eux-mêmes pas ouverts à la différence, leur tandem portant le sceau de la similitude plutôt que de l'altérité. C'est là un bel exemple de la presbytie dans laquelle une partie de notre société est plongée. Et on doit s'en préoccuper.
Le 6 décembre dernier, tout le Québec commémorait douloureusement le quinzième anniversaire de la pire tuerie à s'être déroulée sur son territoire : celle de Polytechnique. Une folie meurtrière qui a fait 14 décès uniquement parmi des cibles féminines. On s'est alors souvenu que leur mort était directement liée au refus d'un jeune homme, Marc Lépine, de voir des femmes occuper le terrain de sa profession.
Or on oublie souvent de dire que l'idéologie responsable de la tuerie de Polytechnique se synthétise ainsi : je te tolère, mais à condition que tu sois comme moi. Je veux bien te tolérer si tu es de sexe différent, mais à condition que tu te tiennes loin de moi, loin de mon intimité, loin des lieux où tu peux m'atteindre et blesser ce que je suis. C'est également l'idéologie fondatrice du couple homosexuel.
«Notre Constitution est un arbre vivant qui, grâce à une interprétation progressiste, s'adapte et répond aux réalités de la vie moderne», écrivait la Cour suprême dans son avis. En invitant le gouvernement à réformer le mariage pour traiter les couples homosexuels sur un pied d'égalité avec les couples hétérosexuels, la Cour suprême invite le fédéral à saupoudrer un engrais d'un nouveau type dans le jardin du droit canadien.
Espérons que cet engrais ne causera pas d'effets secondaires inattendus. Espérons que le gouvernement ne se retrouvera pas, dans quelques décennies, devant la nécessité de reculer et de retirer des entrailles du droit canadien ses politiques fondées sur le libéralisme social, comme on a récemment retiré le Vioxx des entrailles des pharmacies...